Association Ecritures Onex 37
La jungle (1ère partie)
Au centre de la jungle
Au cœur de ce lieu moite, dense et sombre
Là où la voix ne porte pas
Là où même le vent ne rentre pas
Se trouve un mur. Un très vieux mur en pierres ocres, usé par le temps et le manque de soin des hommes.
Avec les ans, de la mousse dense et ferme d’un vert clair a pris place ça et là sur les angles et dans les fentes des pierres.
Vu de loin on dirait une œuvre d’art abstrait. Mais si on ferme un peu les yeux l’œuvre cède sa place… à un nez. Un nez en pierre bien droit, large et fier, en plein centre du mur. De part et d’autre, des yeux ronds qui veillent sur ce lieu depuis mille ans. Plus haut, un front sans ride puis une frange qui se perd dans les lianes qui poussent le long du mur.
En guise de bouche, une large fente, d’où coule une eau claire et fraîche, une source.
Au pied du mur, une mare limpide, qui sert de miroir à la face figée.
Le chant de l’eau est doux. Là où le flux se mêle à la mare, le son est rond et grave. A ce rythme de fond calme se mêlent les « plics » et les « plocs » gais des gouttes dont la mousse se gorge et se gave puis laisse plonger dans la mare.
Dans ce lieu loin de tout claque tout à coup un bruit sec. S’en suit un flot de mots, pas très beaux. Puis des « cracs », des bruits de chute, des cris… La chose s’approche de la mare.
Des feuilles volent de ça et de là puis se posent sur l’eau. Des branches se plient, s’écartent. Une main fine et claire où brillent deux grosses bagues en or serpente hors de la déchirure végétale et tâtonne à la recherche d’un appui. Suivent un bras, un jean rose pâle, des pieds nus, un top qui fut blanc et enfin une tête. Une femme belle comme une Vénus de Boticelli fait une pause au bord de l’eau.
A suivre...