AEO 44
La peur
La peur, mon ennemi, tu m’as accompagnée durant toute mon enfance et mon adolescence, tu étais omniprésente. Je te détestais. Tu me narguais, tu m’imposais ta présence. Tu as élu domicile dans chaque partie de mon corps ; tu étais la maîtresse des lieux et j’étais impuissante devant ta force et ton arrogance.
Ah ! Le mauvais vieux temps, j’y retourne involontairement à cette époque où j’étais ta prisonnière et à tous ces sentiments de haine que tu m’as fait goûter. Toute cette douleur et cette souffrance dont tu m’as abondamment et généreusement abreuvée.
Tu m’as occulté tant de belles choses, anesthésiée par la perfusion de ton venin dans mes veines, goutte à goutte au même rythme que les battements de mon cœur. J’étais en décalage avec le sens réel des choses. J’étais une voyante aveugle. Mon regard avait un effet réducteur sur la clarté des couleurs.
Je n’ai malheureusement connu que toi et tes dérivés.
Tu te réjouissais de ma solitude et ma tristesse, de ces moments tellement pénibles que je sentais ton souffle en moi. Tu t’agrippais à moi et tu ne voulais plus me quitter. Qu’as-tu trouvé chez moi de si affriolant ?
Je sais que les propriétaires sont si difficiles à déloger mais tu pouvais trouver ailleurs mieux que moi.
Ce duel auquel nous nous sommes confrontés des années durant, je l’ai remporté. Je t’ai battu et je t’ai chassé définitivement de chez toi.
Aujourd’hui, je suis affranchie. J’ai fait la connaissance de la liberté.
Elle est si belle, si douce, elle est attachante sans attaches. Elle a corrigé mes lacunes. Le voile s’est retiré et j’ai découvert la beauté des choses.
Envolée la torpeur et la léthargie dans lesquelles tu m’avais plongée. Libre de mes mouvements et de ma pensée, j’apprécie la vie.
Aujourd’hui, la joie a visité mon cœur, j’ai attribué mon intérieur à la sérénité que j’ai suppliée de ne jamais me quitter. J’ai installé des portes blindées pour la garder à jamais auprès de moi et pour t’éloigner à jamais de moi.
Tout a été minutieusement étudié pour ne laisser aucune faille à un éventuel coup d’état.
A présent, je te regarde et je te nargue et je te dis : va voir ailleurs si j’y suis !
Nadia Ahlouche