Association EcritureS Onex 33
Le Sinaï (1ère partie)
La longue file de touristes forme un serpent de lumière jusqu’au sommet du mont Sinaï. Les lueurs des lampes de poche percent le noir de la nuit, comme des lucioles. A cheminer ainsi dans la nuit profonde, une sensation de crainte me prend à la gorge, augmentée encore par le crissement des chaussures sur la pierre. L’ascension a commencé à une heure du matin, partant du monastère Ste Catherine, car il faut arriver au sommet avant le lever du jour. Des bédouins montent ou descendent de la montagne avec des chameaux et proposent leur service. – Camel, ten dollars, Madame… (chameau… 10 dollars)
Sur le chemin pierreux étroit, il ne faut pas se faire renverser par ces animaux gigantesques qui nous dépassent ou d’autres qui déjà redescendent de la montagne en blatérant langoureusement dans la nuit noire. – Camel, ten dollars, Madame…
Le souffle court, la peur au ventre la batterie de ma lampe de poche ayant rendu l’âme et le sommet me paraissant si lointain, j’accepte l’offre d’un gentil bédouin. Je serai plus vite à destination. Je lui tends dix dollars et il m’abreuve de sourires et de signes de reconnaissance.
- thank you Madame, thank you…
Le chameau s’agenouille, fléchissant successivement ses pattes avant, puis ses pattes arrière, pour me permettre son ascension. J’écoute religieusement les conseils du bédouin. Je me hisse, ou plutôt il me coince entre les deux bosses de l’animal, sur une selle dure et inconfortable et mime la manière dont je dois me tenir. J’obéis et tiens fermement une sorte d’armature avec mes mains. La grandeur de la selle n’est pas adaptée à mon postérieur corpulent, lequel est serré comme dans un étau. Le chamelier ordonne à la bête de se lever. Les pieds arrière se redressent… et mon corps balance vertigineusement vers l’avant, tandis que je serre à tout rompre les rennes dans mes mains. Puis, ce sont les pieds avant qui se mettent en position debout. Après ce dangereux balancement d’avant en arrière, me voilà en position de départ. Oh… Dieu que c’est haut. J’en ai le souffle coupé. Le chameau se met à gravir la montagne mythique où le peuple juif reçut, selon la Bible, les Tables de la Loi. Je prie le ciel de m’amener à bon port. Voyant mon désarroi, le jeune bédouin essaye de me rassurer, usant de quelques mots d’anglais :
- good Madame, good ?
- yes, yes… que puis-je répondre d’autre ?
Et nous cheminons ainsi dans la nuit noire, dépassant des touristes à pied ou croisant des chameaux descendant déjà la montagne. Comme l’animal n’avance pas assez vite au gré du bédouin, celui-ci commence à le frapper violemment sur le flanc et me précise:
- young camel, very tired (jeune chameau, très fatigué)
A suivre…