Association EcritureS Onex 18
Le 8 octobre 2005
Mon cher journal,
Aujourd’hui, je dois t’avouer que je ne suis pas la femme que tu croyais ! La révélation m’a été faite ce matin par mon docteur. Il m’a annoncé d’un ton grave et sans ambiguïté « Vous êtes une véritable abeille » ! Imagine mon désarroi …
Moi qui croyais être née de la fusion de deux cellules humaines, par un acte d’amour, je découvre que je suis un banal insecte bourdonnant. Je tombe de haut ou plutôt… je vole bas !
Car maintenant, il faut que je mesure l’envergure de mon nouveau statut et les incidences sur ma vie sociale. N’étant pas très douée en biologie animale, j’ai consulté une encyclopédie pour connaître le nom de celui qui partage ma vie. C’est forcément aussi un insecte ! Après recherches, je crois pouvoir affirmer que c’est un bourdon. Et moi, je suis sa « reine ». Depuis midi, forte de ces révélations, j’ai décidé de vivre pleinement cette nouvelle situation. Avec mon bourdon, après avoir bien butiné, nous avons fait une bonne sieste en ronflant… oh pardonne-moi ce lapsus… en bourdonnant paisiblement. Tu sais, finalement, notre ruche est confortable et nos réserves regorgent de miel, de cire et de pollen…
J’imagine, cher journal, que tu voudrais peut-être savoir comment le docteur a découvert ma véritable identité. Et bien tout simplement en auscultant mes oreilles. Au vu de la quantité de cire entreposée dans mes conduits auditifs, il m’a confirmé ce qu’il redoutait : je suis une abeille !
Au fait, pourquoi s’alarmer de cette situation ? Tu sais, jusqu’à ce jour, je vivais des revenus d’une misérable retraite. Et bien maintenant, à moi la vie de château, grâce à de nombreux débouchés commerciaux. Pour commencer, un laboratoire pharmaceutique me propose un contrat pour livraison hebdomadaire de cire à l’usage de produits de beauté et de médicaments. Et que dire de ce chef d’entreprise de Lourdes qui me suggère une collaboration à vie pour la fabrication de bougies. Et je n’ose passer sous silence une grande maison d’encaustique, laquelle espère aussi bénéficier de ma précieuse substance…
J’espère, mon cher journal, que tu n’es pas allergique à mes piqûres. Je te quitte en t’envoyant mille bzzzz…bzzzz…bzzzz
Ton abeille préférée
AEO – Julianne Farré – 8.10.2005