Association EcritureS Onex 10
Don Quichotte
Qu’est-ce que tu me racontes là ?
Je ne me souviens plus très bien ...J’ai tout d’abord reçu comme un grand coup sur la tête. Je me suis retrouvé à terre et là, alors que je tentais avec peine de me lever, je n’ai pas compris…un cheval, venu de nulle part, s’est rué sur moi, me terrassant à nouveau. Dans ma pauvre tête, c’était la guerre des étoiles, la magnitude absolue, une galaxie en formation.
Pas mon jour…vraiment !
Je me suis redressé, vaillamment, décidé mordicus à poursuivre ma croisade contre l’adversité, quel que fut le nom qu’elle portât. Mon corps ébranlé s’est relevé une nouvelle fois, comme un petit soldat armé d’une volonté de plomb.
Et là, crois-moi si tu veux…vision cauchemardesque…j’ai évité de justesse la patte démesurée d’un pachyderme et, juré promis, pas d’éléphants roses dans les parages.
Comment ça…des ennemis imaginaires ??
Juste le temps de m’aplatir sous le ventre colossal des hippopotames trapus qui passaient par là… mais oui deux, je t’assure !
J’ai cru alors que j’allais être sauvé. J’ai sauté sur la plateforme fuyante d’un autobus, qui me cracha illico, sans crier gare, comme une malédiction, par-dessus la balustrade.
Mais pourquoi me parles-tu de moulins à vent ??
Lorsque les réverbères, habités de je ne sais quelles intentions machiavéliques, ont commencé à tourner autour de moi, j’ai bien cru que c’était ma dernière heure. Mais, inespéré, le salut est venu du ciel lorsque enfin j’ai pu m’accrocher à l’aile providentielle d’un bimoteur. On a décrit un immense cercle qui m’a paru interminable. A bout de force, mes bras tétanisés ont lâché prise.
Inépuisables, les multiples visages du destin semblaient vouloir s’acharner contre moi, élargissant la brèche dans mes certitudes.
Funeste machination, inéluctable descente aux enfers. Orphée sauta alors dans la nacelle. La montgolfière elle aussi subissait une sorte d’infernale force centrifuge …à donner le vertige.
A partir de là, mes souvenirs sont confus.
Je crois que c’est en quittant la sécurité du panier, m’accrochant à une liane peu fiable, que la soucoupe volante m’a frappé de plein fouet, mettant un terme à ma quête d’absolu.
Le cauchemar cessa lorsqu’ils arrêtèrent le manège et me trouvèrent, déliquescent, accroché à ce filin que je me refusais catégoriquement de céder.
« Monsieur Icare, vous avez gagné un tour gratuit ! …mais de grâce, lâchez le
pompon ! »
Christine DOUCET
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